Citoyens, producteurs, consommateurs, revendeurs, etc. : 
gardons les yeux ouverts, soyons vigilants, informons-nous !

 

Il y a 50 ans, quand la bio a émergé, de petites entreprises familiales se sont créées proposant à la fois des produits sains et une alternative au productivisme et à la grande distribution. Les dirigeants de ces marques, garants d’une éthique à la fois écologique et humaine, s’étaient mis d’accord pour dire qu’ils ne vendraient pas leurs produits aux grandes surfaces mais encourageraient des circuits courts ou, pour le moins, indépendants. Plus de 50 ans se sont écoulés et nous nous apercevons aujourd’hui que la plupart de ces marques se sont vendues corps et âme aux multinationales et se sont bien gardées de l’annoncer clairement à leur clientèle.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Ce n’est pas un scoop : le marché de la bio a le vent en poupe. Avec près de 20% de croissance annuelle et un marché mondial estimé en 2014 à 83 milliards de dollars, il ne laisse pas indifférents les géants de l’agro-alimentaire.

Les dirigeants des petites entreprises bio se sont-ils faits dépasser par cette croissance ? Ont-ils été séduits par l’appât du gain ? Ou les créateurs vieillissants de ces marques éthiques n’ont-ils tout simplement pas trouvé de repreneurs ? De gré ou de force, ils ont fait le choix d’ouvrir leur capital aux marchés boursiers et ont ainsi laissé entrer, en toute facilité, le loup dans la bergerie. Car rappelons qu’une fois cotée en bourse, une entreprise n’a pas la possibilité de contrôler qui achète ses actions…

Et voilà que les produits et marques que nous pensions préservés du business international et de la marchandisation du monde se retrouvent entre les mains des plus gros fonds d’investissement planétaires, ceux-là même qui financent les armements, la pétrochimie, les cigarettes et même… Monsanto !

Quelles marques sont concernées ?

Depuis l’an 2000, les rachats d’entreprises bio par les géants de la finance et de l’industrie se succèdent les uns derrières les autres. Dominique Guillet, président de l’association Kokopelli, avait déjà tenté d’alerter l’opinion sur cette « récupération » de la bio, mais il semble que cette dérive se soit passée dans l’ignorance du plus grand nombre.

Voici quelques uns des rachats les plus importants ayant eu lieu ces dernières années.

En 2000, la société Bjorg Bonneterre « unit ses forces » (pour reprendre les termes annoncés sur leur site internet) avec le grand groupe agro-alimentaire Wessanen. En effectuant des recherches sur les sites d’informations boursières, nous découvrons en quelques clics que parmi les actionnaires principaux de Wessanen se trouve Vanguard, l’un des quatre plus gros fonds d’investissement du monde. Et en remontant encore le fil, nous apprenons que le principal actionnaire direct de Vanguard  est le PDG de AMVAC Chemical Corporation (produits phytosanitaires de synthèse).

En 2002, c’est au tour des marques Lima et Danival d’être rachetées par Hain Celestial, groupe américain de vente de produits dits « naturels ». Au jour d’aujourd’hui, en guise de principal actionnaire institutionnel de Hain Celestial, nous retrouvons encore… le groupe Vanguard!
Parmi les autres actionnaires institutionnels de Hain Celestial se trouve Blackrock, le plus important gestionnaire d’actifs au monde, cumulant plus de 5 000 milliards d’euros fin 2016, premier actionnaire d’une société américaine sur cinq.

Pour se faire une idée d’où va notre argent quand nous achetons désormais ces produits bio, il suffit de quelques clics supplémentaires sur zonebourse.com…. pour découvrir que Coca-cola, Philip Morris, les vaccins et médicaments Merck, les armements Martin Lockheed, les hypermarchés Walmart et bien d’autres figurent parmi les sociétés financées par Vanguard et Blackrock…

En 2008, c’est au tour des magasins bio Naturalia dont le chiffre d’affaires avait quasiment doublé en 3 ans d’être rachetés par le groupe Monoprix S.A.
En 2016, Celnat tombe entre les mains de la multinationale Ebro Foods, leader mondial du riz, détenteur des marques Lustucru, Panzani, Taureau Ailé, Prince… « Les actionnaires sont nombreux, la majorité voulait céder à un gros groupe, sans cela nous aurions été obligés de nous endetter énormément et pour longtemps, donc de ralentir la croissance de l’entreprise » explique le directeur…
La même année, Danone annonce l’acquisition de WhiteWave, leader mondial du bio, des laits et des produits frais d’origine végétale (dont les marques Silk, So’delicious, Vego, Alpro…etc.). Par ce rachat qui va doubler la taille de l’activité de Danone aux USA, la société affirme sa « responsabilité à favoriser des pratiques alimentaires saines et durables…. ». A chacun d’en juger…

Enfin, le géant Carrefour qui n’a pu s’abstenir de prendre sa part du gâteau a racheté récemment Greenweez, leader de la vente en ligne de produits bio…

Certes, tous ces jeux d’argent sur les marchés boursiers internationaux ne veulent pas dire que les produits « bio » ne le sont plus du tout, ni que tous les producteurs et partenaires français ont été évincés… Mais il convient de rester vigilants et de faire preuve de discernement…
Comme le précise Amandine Rachenne, chargée de communication pour Danival : « Le consommateur ne doit pas oublier que, derrière Danival, il y a avant tout nos agriculteurs français et leurs produits du terroir. Il ne doit pas oublier qu’en achetant nos produits sains, il soutient une petite entreprise avant tout. Il doit se rappeler que dans ce contexte économique difficile, il soutient les emplois dans le sud-ouest de la France »…
Ceci dit, parallèlement à ce « beau discours » auquel nous aimerions croire, nous apprenons que Thomas Breuzet, qui a dirigé Danival pendant douze ans, a été récemment écarté de sa fonction par ses nouveaux patrons (Hain Celestial) sous le motif de « divergences de vue »…

Alors que faire ?

La question mérite d’être posée même si les réponses sont encore à inventer…

L’idée est toujours la même : privilégier les produits frais, locaux, les circuits courts, et quand cela est possible, la vente directe du producteur au consommateur.

Dans un deuxième temps, pour les produits secs, produits d’entretien et autres, se renseigner sur ceux qui se cachent derrière les marques bio et choisir les rares qui restent encore indépendantes des circuits infernaux de la finance. Les 850 produits de la marque Markal en font partie. Elle sera désormais l’un de nos partenaires privilégiés.

En outre, de belles alternatives commencent à émerger ici ou là, comme celle des supermarchés coopératifs et participatifs, sans but lucratif, dans lesquels ce sont les citoyens qui décident les marques qu’ils souhaitent cautionner et qui s’investissent en offrant un peu de leurs temps pour réduire les frais de fonctionnement. Nous vous invitons à découvrir les exemples très réussis des supermarchés Beescop à Bruxelles, La Meute à Grace ou la Louve à Paris.

Et nous, dans tout ça ?

Tout d’abord, nous avons choisi de vous avertir et de vous offrir sur ce blog le maximum d’informations à relayer autant que possible dans vos propres réseaux.
Sachez qu’en tant que distributeur, nous nous retrouvons, comme d’autres, dans une position très délicate. Nous avions tout d’abord décidé fermement de retirer tous les produits issus de ces marques de notre catalogue, mais après réflexion, nous pensons que c’est à vous, citoyens qui répondez à vos besoins alimentaires, de vous faire librement votre avis et de choisir….
Nous vous rappelons que Biopartage est une plateforme virtuelle et qu’à ce titre, nous ne stockons pas. Nous n’achetons seulement que ce que nos groupements nous commandent.
Début Mai 2017, nous inaugurerons un nouveau site, sur lequel vous pourrez discerner clairement les produits certifiés ETHIQUES que nous aurons sélectionnés pour vous des autres produits.
Nous nous engageons ainsi à continuer la veille informationnelle et à vous faire savoir en toute transparence ce qu’il se passe dans les coulisses de la bio…
Notre souhait le plus profond est qu’au cœur de cette mondialisation insensée, perdurent ici et là des petits îlots de Gaulois qui résistent et savent encore ce qu’ils mangent !
Merci aux groupements d’achat avec lesquels nous travaillons déjà et merci à ceux qui nous rejoignent sur ce chemin d’indépendance et, autant que possible, de cohérence…

http://www.biopartage.com

 « Pour moi, la bio est une éthique, un état d’esprit, je dirais presque, une spiritualité… Aujourd’hui, nous en avons fait un énorme business sans conscience, alors qu’à l’origine, c’était l’initiative d’humains qui voulaient coopérer avec la Vie… C’est à ce respect du Vivant qu’il nous faut, impérativement et sans plus attendre, revenir… »

Pierre Rabhi

 

Pour Bio Partage, Claire Eggermont.